Mayor (A.). 2005. Traditions céramiques et histoire du peuplement dans la Boucle du Niger (Mali) au temps des empires précoloniaux. Genève : Université de Genève (thèse de la Faculté des sciences n° 3686). 2 vol.
Logo1X  

NOTES DE LECTURES

MURPHY, M., 2009. De l’imaginaire au musée : les arts d’Afrique à Paris et à New York (1931-2006).

HEMPEL, C., 2004 (2ème éd.). Eléments d’épistémologie.

LELOUP, H., 2011. Dogon.

GABUS, J.& HANS ERNI, H. ill., 1954. Initiation au désert.

HESSE, H. 1955. Le jeu des perles de verre.

TASSY, P. 1991. L'arbre à remonter le temps.

DIOP, A.-B. 1981. La société wolof.

 

Tradition Peul (Delta intérieur méridional et Gimbala)

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Tradition Somono (Delta intérieur méridional)

Traditions Sonraï (Gimbala) et Bwa (Delta méridional)

Traditions Dogon A (Plateau et Falaise de Bandiagara) et E (Gourma-des-Monts)

Traditions Dogon B1 et B2 (Plaine du Séno)

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Traditions Dogon C (Plateau méridional et plaine du Séno) et D (Plateau central et septentrional)

Tradition Dogon B du Dianwéli (Falaise de Bandiagara) et tradition Sonraï du Hombori (Gourma-des-Monts)

DOCUMENTS ET TEXTES DIVERS INEDITS

Pour s'orienter à propos de récentes parutions

Travaux à paraître :

1. Potières du Sahel : à la découverte des traditions céramiques de la Boucle du Niger. Gollion : Infolio (parution octobre 2011).

Ouvrage en cours de réalisation faisant le bilan des recherches ethnoargéologiques dans la Boucle du Niger, Delta intérieur et Pays dogon.

En 1964, Germaine Dieterlen, éminente collaboratrice de l’ethnologue Marcel Griaule, nous déléguait au Mali pour assurer, dans ces premières années à la fois difficiles et exaltantes de l’Indépendance de ce pays, une présence scientifique « française » au sein de ce qui avait été une antenne de l’IFAN de Dakar (Institut français d’Afrique noire, devenu depuis lors Institut fondamental d’Afrique noire), le petit musée de l’arboretum de Bamako. Jeune chercheur, nous nous trouvions pour la première fois immergé seul dans un pays totalement inconnu que nous mettrons plusieurs années à apprivoiser. Les marchés de Bamako, comme c’est le cas encore aujourd’hui, accueillaient des potières, issues notamment de l’atelier bambara de Kalabougou près de Ségou. Elles venaient vendre leur production dans la capitale. Les étalages étaient spectaculaires et le passionné d’ethnologie que nous étions s’était dit alors qu’il y avait là une formidable opportunité d’étude et que le sujet permettrait sans doute de mieux comprendre la signification des collections de céramiques archéologiques dont nous venions de découvrir la richesse, tant à l’IFAN de Dakar qu’au musée de Bamako.
Il aura fallu attendre près de 25 ans, et deux courtes expériences préliminaires dans l’étude de céramiques traditionnelles, en 1965, en compagnie de l’ethnologue Claude Meillassoux dans les villages soninké de Mourdiah et Goumbou, puis en 1976 en compagnie de Claudine Sauvain-Dugerdil au Sarnyéré dogon, pour que cette opportunité, trop rapidement entrevue,  prenne réellement corps.

On peut consulter ici les conclusions de cet ouvrage où nous précisons les options théoriques et pratiques qui ont présidé à ces recherches .

QUELQUES REPERES GEOGRAPHIQUES

BoucleNiger

On trouvera une applcation des modèles actualistes développés dans cette monographie dans :

Mayor (A.). 2005. Traditions céramiques et histoire du peuplement dans la Boucle du Niger (Mali) au temps des empires précoloniaux. Genève : Université de Genève (thèse de la Faculté des sciences n° 3686). 2 vol.

qui sera prochainement publié dans la sous-série monographique du Journal of African Archaeology consacrée à la publication des résultats du programme de recherche « Peuplement humain et évolution paléoclimatique en Afrique de l’Ouest ».

Préface de la monogaphie d'Anne Mayor à laquelle vous avez échappé.

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2. Anthropologie, ethnohistoire, ethnoarchéologie et archéologie du fer : quelle place accorder au discours des acteurs ?

Communication au colloque "Métallurgie du fer et sociétés africaines", Aix-en-Provence 23 et 24 avril 2010

L’histoire de la métallurgie du fer en Afrique est typiquement un sujet qui implique des disciplines très diverses, physico-chimie de la métallurgie, anthropologie sociale et culturelle, ethnohistoire, ethnoarchéologie, archéologie expérimentale et archéologie. Cette hétérogénéité des paradigmes disciplinaires pose un problème essentiel, celui de l’intégration des données dans une formulation d’ensemble cohérente répondant aux objectifs posés. Cette question est à la fois théorique et pratique. Cette communication aborde les conditions épistémologiques et théoriques nécessaires au succès d’une telle approche et la place que le discours des acteurs tient dans cette confrontation.

Au delà des paradigmes disciplinaires se dessinent trois niveaux d’intégration supérieurs posant chacun des problèmes épistémologiques communs.

Niveau 1. Particularités propres aux sciences humaines par opposition aux sciences de la nature
On peut montrer que les sciences de l’Homme partagent entre elles un certain nombre de particularités qui les distinguent des sciences de la Nature notamment au niveau de la place qu’occupe le discours des acteurs dans ces disciplines.

Niveau 2 : Nature de l’explication
Toutes les disciplines d’observation analysant des phénomènes complexes se déroulant dans le temps se situent toujours au sein d’une opposition entre des processus récurrents généraux, sinon toujours universels, appelés ici mécanismes et des phénomènes diachroniques irréversibles relevant de l’histoire, appelés ici scénarios.

Niveau 3 : nature des langages de la description et de l’explication
Cette confrontation est absolument nécessaire pour aborder, au plus haut niveau, la nature des langages utilisés dans nos constructions scientifiques et de préciser la place du discours des acteurs (scientiques extérieurs et/ou partenaires locaux) dans la construction d’un savoir de ce type. On distinguera donc ici langage naturel (LN) et langage scientifique (LS) en laissant de côté la question des langages documentaires. La langue naturelle (LN) concerne aussi bien les discours du sujet d’une étude que notre propre pratique discursive du langage. La langue scientifique (LS) est le langage élaboré dans le cadre de la compréhension en profondeur des phénomènes (humains et/ou naturels) dont la forme la plus aboutie est celle du logicisme. L’utilisation d’un LS permet d’étudier la réalité sans se référer aux intentions actionnelles des agents comme la linguistique saussurienne l’avait établi au niveau de l’étude de la langue en opposant langue et parole.

On montre que le discours « naturel » des acteurs ne peut répondre sous sa forme brute aux visées d’une démarche scientifique car :

1. il ne répond pas aux mêmes objectifs,
2. il ne se conforme pas toujours aux exigences du cycle prédiction-validation,
3. ses catégories mentales ne sont pas, selon Edelman, des catégories classiques au sens logique du terme.

Ces questions théoriques sont illustrées à travers deux questions pratiques auxquelles nous ne donnons pas le même type de réponse :

1. Quelle place accorder dans nos constructions scientifiques aux classifications indigènes des artéfacts relevant de la production technique (outils, poteries, etc.) ?
2. Quelle place accorder aux catégories identitaires revendiquées (lignages, castes, « ethnies », etc.) ?

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Figure. Relations entre discours des acteurs et discours « savants » de l’observateur.

Fichier pdf de la communication présentée le 23 avril, version française.
Fichier pdf de la communication présentée le 23 avril, version anglaise.

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3. La station magdalénienne de Veyrier à Etrembières (Haute Savoie) et la découverte de l’art paléolithique

Une préface dédiée à Adrien Jayet et un encadré pour un livre consacré au Paléolithique supérieur de Haute Savoie

La découverte de l’art du Paléolithique supérieur au cours du 19ème siècle a été une longue aventure dans laquelle il est possible de déceler plusieurs étapes : découverte d’objets décorés en os ou en bois de renne tout d’abord, identification des gravures et reconnaissance du caractère ancien des représentations, le plus souvent animales, présentes sur certains d’entre eux ensuite, enfin premières réflexions sur la signification des représentations, stimulées par la découverte, plus tardive, de l’art rupestre des cavernes et la reconnaissance de son authenticité. L'histoire de la découverte et de l'identification des gravures ornant les bâtons à trou de Veyrier illustre parfaitement ce processus complexe.

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Figure. Bâton à trou de Veyrier et crayonné du bouquetin par l'Abbé Breuil (Musée d'art et d'histoire, Genève)

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4. Les fondements théoriques de l'ethnoarcchéologie vus à travers une pratique africaine

Communication à la " 5ème conférence de l'Association italienne d'ethnoarchéologie", Rome, 13-14 mai 2010

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Une théorie de l'ethnoarchéologie doit tenir compte de trois faits fondamentaux :
1. La reconnaissanc de la question posée par la volonté des acteurs dans toutes les sciences humaines.
2. La reconnaissance du caractère polyvalent des explications dans les sciences impliquant une perspective historique.
3. La reconnaissance de la nécessité de construire des langages scientifiques (LS) distincts des langages (LN) développés par les acteurs.

Fichier pdf de la communication présentée le 13 mai, version française.
Fichier pdf de la communication présentée le 13 mai , version italienne.

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5. Pensée savante et pensée vulgaire en archéologie : une approche logiciste

Après l'étude de la cumulativité dans les sciences humaines ( Walliser, B. ed. 2009. La cumulativité du savoir en sciences sociales : en hommage à Jean-Michel Berthelot . Paris : ed. de l'EHESS), le Groupe Berthelot de réflexion sur l'épistémologie des sciences humaines a repris ses travaux avec un nouveau sujet : les relations entre pensée scientifique et pensée vulgaire. Une première séance a eu lieu à Paris le 19 mars 2010.

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Notre réflexion prend le terme de « pensées vulgaire » dans le sens très général de pensée non scientifique. Nous ouvrons ainsi l’éventail à l‘ensemble des pensées se situant en marge de l’épreuve des faits, de façon à couvrir un registre allant de la pensée vulgaire stricte, celle de la «foule», à la réflexion philosophique « savante » des paradigmes, en passant par ce que certains nomment la pensée spontanée, ordinaire, naïve, ou même la « troisième voie », ni science ni littérature, chère au Postmodernisme.

Notre démonstration s’articule en cinq points :

Points 1. Le constat d’une rupture épistémologique entre les constructions compilatoires et typologiques de d’archéologie et les « explications » qui relèvent le plus souvent de la pensée vulgaire.

Point 2. Le constat de la nécessité des références extérieures dans les explications.

Point 3. Le constat du caractère « vulgaire » des paradigmes dominant les explications.

Point 4. Des exemples d’intrusion de la pensée vulgaire dans les explications (réflexions de Kaeser sur le mythe lacustre, de Le Quellec sur l’interprétation de la Dame Blanche du Branderg par l’Abbé Breuil, de Demoule sur l’origine des Indo-européens et Stoczkowski sur les modèles de l’hominisation).

Point 5. Nature des sous-produits vulgaires de la pensées archéologique : vulgarisation, romans historiques (Le Soleil des morts) et impostures (des extraterrestres sur l’île de Pâques).

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6. Une vue intégrée de l'explication dans les sciences humaines

Cet article explore la signification du terme « explication » utilisé en analyse logiciste pour dénommer la partie terminale d’une construction, un terme qui recouvre des notions épistémologiquement hétérogènes.

L’opposition entre mécanismes, scénarios et régularités permet d’ordonner les divers sens donnés à ce terme par les théories ethnologiques.

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Figure. Les principaux types d'explications selon l'opposition mécanismes - scénarios - régularités

Mécanismes
On peut distinguer du côté des mécanismes et du modèle nomologique déductif l’idéal du Durkheim, de caractère prédictif.

Régularités
Du côté des régularités se place l’explication structuraliste de Lévi-Strauss, pour peu qu’on la débarrasse de la connotation idéaliste du fondement inconscient.

Scénarios
Le pôle des scénarios regroupe les types d’explications a posteriori. On y découvre en premier lieu, lié au principe de contingence, l’explication historique.
Les explications fonctionnalistes relèvent de leur côté de plusieurs domaines qui concernent aussi bien les sciences de la nature que les sciences humaines. Nous retiendrons ici trois exemples : le fonctionnalisme biologique relevant de la notion d’adaptation, le fonctionnalisme technique de Leroi-Gourhan et le fonctionnalisme social de Malinowski.
Enfin l’explication par la raison des acteurs relève à la fois de l’explication historique et des limites de l’interprétation fonctionnaliste dans la mesure où sa compréhension peut faire intervenir la notion d’espérance d’utilité.

Cette dissolution dans un modèle général montre que l’épistémologie que nous avons développée a un vrai pouvoir de généralisation et permet de relativiser les clivages traditionnels séparant les approches disciplinaires. Le but ultime de la connaissance reste de se conformer au modèle nomologique déductif, mais d’autres types d’explications moins exigeantes sont également recevables comme autant d’étapes provisoires sur le chemin de la connaissance.

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7. Sion, Petit-Chasseur : un goût d'Europe et au delà

Conférence introductive au colloque international "Autour du Petit-Chasseur". Sion, 27 0ctobre 2011.

On présente le développement des théories proposées pour expliquer l’histoire du site funéraire et son fonctionnement à la fois religieux, social et politique.

1. Perspective historique

- Anati (1977) considère que le phénomène des statues-stèles trouve ses attaches, sinon son origine lointaine, en zone kourgane et présente, comme le propose Gimbutas (1973), une connotation indo-européenne. Son expansion en milieu alpin n’est pas en relation avec des mouvements de populations, mais révèle la diffusion d’une nouvelle idéologie.

- Gallay (1979) propose une analyse de la propagation de la céramique campaniforme en termes de réseaux de communications et distingue deux réseaux anciens liés à de la céramique fine de « prestige » (AOC et BB). Trois réseaux récents, recoupant partiellement l’horizon ancien au plan chronologique, sont liés à la diffusion de poteries domestiques. Ces derniers prennent le relai du concept de Rückstrom de Sangmeister (1963) et peuvent avoir une signification « ethnique ».

- Gallay (1981) explore les possibilités d’explication de l’apparition des cultures de l’âge du Bronze dans les Alpes. L’argumentation se développe selon un schéma qui annonce l’analyse logiciste en retenant un certain nombre d’alternatives hiérarchiquement ordonnées. Seule l’option « éleveurs nomades » est formellement rejetée alors que les sources sont jugées insuffisantes pour identifier le statut des nouveaux arrivants éventuels, contemporains du Campaniforme.

- Gallay (1986a) identifie un nouveau réseau de diffusion campaniforme orienté selon l’axe Rhin-Rhône et correspondant à une population distincte de celle qui occupe la nécropole du Petit-Chasseur. Dans cette perspective l’explication du phénomène campaniforme ne relève ni de l’invasion d’une population unique, ni d’échanges à longue distance de biens de prestiges.

- Gallay (1990) propose un modèle de l’apparition et du développement du Néolithique en Europe tenant compte de plusieurs concepts théoriques distincts : niches écologiques favorables, vague d’avance, frontières mouvantes ou stabilisées, classement néo-évolutionniste des sociétés, modalités d’expansion ou de concentration des populations.

- Gallay (2001) voit dans l’émergence des complexes campaniformes septentrionaux situés aux marges du Cordé l’origine des langues celtiques et italiques.

- Besse (2003) regroupe la céramique commune du Campaniforme, à l’exception de celle des Îles britanniques et de la Péninsule ibérique, en trois domaines géographiques : oriental, septentrional et méridional. Le complexe Rhin-Rhône et le Campaniforme du Petit-Chasseur sont intégrés dans le domaine méridional.

- Desideri, Eades (2004) montrent, sur la base de l’étude des caractère épigénétiques crâniens et dentaires, que les populations néolithiques de Suisse romande se répartissent en trois groupes : Néolithique moyen et final précampaniforme, Campaniforme du dolmen MVI et Campaniforme du dolmen MXI. Ces résultats militent en faveur d’un renouvellement de population au moins partiel au Campaniforme.

- Harrison et Heyd. (2007) proposent une réinterprétation de la séquence stratigraphique et événementielle du Petit-Chasseur. L’origine du phénomène des statues-stèles est située dans la culture nord-pontique de Yamnaya. Un unique alignement primitif de stèles, datant du Néolithique final et du début du Campaniforme et contemporain du dolmen MVI, aurait été détruit par des Campaniformes originaires d’Europe centrale pour servir à la construction des monuments les plus récents. - Cattin (2008) montre que le peuplement campaniforme de Suisse occidentale n’est pas lié à la mise en exploitation des minerais métalliques du Valais.

2. Sociétés et idéologies

- Selon Anati (1977) la structuration de l’iconographie des statues stèles en trois niveaux - figures solaires, armes et pectoraux, araires - se réfère à une idéologie d’origine indo-européenne.

- Gallay (1991) adapte le modèle de Brescia (Gallay 1990) aux rituels funéraires néolithiques. La nécropole du Petit-Chasseur résulte d’une longue évolution et s’intègre dans le dernier stade évolutif du modèle.

- Selon Gallay (1995a) l’intégration des stèles du Petit-Chasseur dans l’iconographie alpine permet de dégager au plan idéologique une équivalence entre soleil et cerf. Sur le plan social, le réemploi des stèles ne signe pas un épisode unique de destruction, mais rend compte d’un phénomène social complexe qui persiste durant toute l’occupation néolithique de la nécropole. L’érection de nouvelles stèles peut accompagner la mort naturelle d’un leader ou la consécration de son pouvoir politique. La destruction de la stèle peut signer la mort naturelle du leader ou sa mort « sociale ». Par contre d’autres indices parlent en faveur d’une société lignagère dont l’un des groupes de descendance pourrait se prévaloir de liens de filiation avec le soleil, ce qui milite en faveur d’un pouvoir politique héréditaire fort.

- Gallay (1995b) tente de dégager un premier modèle transculturel des sociétés mégalithiques en reconnaissant deux grands groupes de sociétés mégalithiques : les sociétés de rangs et les sociétés de classes. - Moinat et Gallay (1998) approfondissent le modèle 1990 centré sur le domaine funéraire Chamblandes et la nécropole du Petit-Chasseur en distinguant cinq phases dans le développement des rites funéraires du haut-bassin rhodanien.

- Saulieu (2004) présente une analyse structurale des représentations rupestres alpines. Les compositions monumentales et les statues-stèles ostentatoires alpines sont opposées aux représentations plus discrètes du Mont Bego comme expression de deux types distincts de sociétés.

- Gallay (2006) signe l’abandon des modèles néo-évolutionnistes anglo-saxons pour adopter un nouveau paradigme de compréhension comprenant une grille de classement des sociétés fondée sur une meilleure compréhension de la variabilité socio-politique et l’abandon d’un modèle évolutionniste préconçu (Testart 2005). Le mégalithisme se développe dans des sociétés très diverses fondées sur la richesse. En Europe on distingue chronologiquement : des sociétés à richesses ostentatoires, des sociétés lignagères, et des démocraties primitives.

- Gallay (2007) présente, dans une perspective logiciste, 73 propositions pour rendre compte des sociétés alpines et périalpines du 3ème millénaire av. J.-C.

- Gallay (2007) applique à l’évolution des rites funéraires du haut-bassin rhodanien la grille de Testart (2005) et retient l’hypothèse de la présence, dans le haut-bassin rhodanien, en Tarentaise et en Maurienne, d’une communauté alpine exploitant les roches vertes et liée aux cistes de type Chamblandes.

- Gallay (2010) analyse au plan ethnologique le concept de bien de prestige. La seule définition possible est d’ordre fonctionnel, ce qui pose certaines difficultés pour son identification au plan archéologique.

3. Un bilan

Les travaux d’Anati (1977) et de Sangmeister (1963) restent des travaux pionniers pour comprendre la nécropole du Petit-Chasseur.

1. La propagation des statues-stèles s’insère bien dans la dynamique des populations du nord de la mer Noire, que ces dernières soient considérées comme indo-européennes ou non. Les données épigénétiques du Petit-Chasseur révèlent de leur côté une nette continuité biologique du peuplement qui contraste avec ces changements culturels et idéologiques.

2. L’interprétation des changements introduits par le Campaniforme pose plus de problèmes. Tous les auteurs insistent sur l’idée que le complexe campaniforme, au moins dans sa première phase d’expansion depuis les centres d’origines méridionaux, ne revèle pas de mouvements de populations importants et illustre un phénomène avant tout idéologique et politique (Harrison, Heyd 2007). Par contre l’idée que l’histoire des peuplements repose d’abord sur l’études des céramiques communes nous paraît une hypothèse de travail que l’on ne peut écarter. L’étude des caractères épigénétiques apportent la preuve d’un renouvellement du peuplement valaisan au moment du Campaniforme qui ne peut être que partiel. Dans cette optique l’hypothèse proposée par Harrison et Heyd confirme l’importance des apports centre-européens dans l’histoire de la nécropole, mais repose sur une interprétation contestable de la séquence.

3. La nature des sociétés qui ont occupé la nécropole pose certainement le plus de problèmes. Le modèle proposé pour expliquer le réemploi des stèles est une pièce importante du dossier, mais le recours à ce type de pratique comme élément de compréhension du fonctionnement social dépend du maintien du schéma classique de l’histoire du site. Sur un plan plus général nous savons aujourd’hui que les modèles néo-évolutionnistes anglo-saxons, ainsi que les concepts anthropologiques qui leur sont associés, ne constituent qu’une caricature grossière de la réalité reposant sur un savoir anthropologique plus qu’élémentaire. Les archéologues doivent devenir des ethnologues et les ethnologues doivent s’ouvrir aux questions des archéologues.

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8. Chronologie de la nécropole du Petit-Chasseur (Sion, Valais) : réponse à Richard Harrison et Volker Heyd.

Colloque international "Autour du Petit-Chasseur". Sion 27-30 septembre 2011

En nous astreignant à la lourde tâche de publier de façon détaillée l’ensemble de la documentation des fouilles menées par O.-J. Bockberger, puis nous-même, sur la nécropole du Petit-Chasseur nous voulions mettre à la disposition des préhistoriens l’ensemble des données sur lesquelles nous nous étions appuyé pour proposer une histoire cohérente et vraisemblable de cette nécropole de la fin du Néolithique.

Richard Harrison et Volker Heyd (Praehistorische Zeitschrift 2007, 82, p.129-214) ont récemment proposé une analyse très complète de la séquence du Petit-Chasseur qui contredit fondamentalement nos conclusions.

Cet article est une réponse circonstanciée aux propositions de ces deux chercheurs et une réfutation de leurs thèses qui nous paraît confirmer la pertinence de notre première analyse. Les évidences stratigraphiques montrent en effet que les stèles ne constituaient pas un alignement unique en relation avec le dolmen MVI, comme avancé par ces deux auteurs, mais bien une longue séquence d'érections successives englobant l'ensemble de l'histoire de la nécropole jusqu'au début du Bronze ancien.

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Figure. Bases de stèles en place en relation avec deux monuments tardifs d'époque campaniforme.

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9. Chaînes opératoires de montage et fonctions sociales : les "poteries de mariage" somono (Mali).

En collaboration avec Elena Burri. Colloque de l'EAA, Oslo, 14-18 septembre 2011.

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Fig. 1. Schématisation logiciste de l'article

P01. Il est possible de proposer une typologie des céramiques associant des caractéristiques morphologiques et fonctionnelles.
P02. La tradition céramique Somono présente à côté de poteries d’usage courant des poteries richement décorées.
P03. Des poteries richement décorées dans le style de la tradition somono peuvent être fabriquées par des potières bambara.
P04. Les poteries richement décorées fabriquées par des potières bambara se distinguent des poteries somomo par un fond modelé sur poterie retournée.
P1.1. Les poteries richement décorées concernent des utilisations domestiques, gestion de l’eau, confort ménager et certains usages sociaux.
P2.1. Les poteries richement décorées ne concernent pas la préparation de la nourriture.

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Fig. 2. Une poterie richement décorée au peigne somono

Chaînes opératoires de montage

P05. Les diverses fonctions des poteries communes d’usage domestiques ne se distinguent pas sur le plan des chaînes opératoires de montage.
P06. Les chaînes opératoires des céramiques richement décorées se distinguent de celles de la céramique d’usage courant par un plus grand nombre de gestes.
P07. Cette différence concerne également les céramiques bambara, peul et les sonraï.
P1.2. Les chaînes opératoires des céramiques richement décorées se distinguent des chaînes opératoires des céramiques d’usage courant peu décorées, quelle que soit la tradition.

Diffusion des poteries

P08. Les poteries d’usage courant sont introduites dans l’économie de marché.
P09. Les poteries richement décorées peuvent être échangées contre des céréales ou achetées directement auprès des potières par une tierce personne en vue d’un don.
P010. Les poteries richement décorées font l’objet de dons.
P011. Les poteries richement décorées sont notamment offertes à l’occasion de mariages et peuvent faire partie de la dot .
P012. Les poteries richement décorées sont offertes à la mère à l’occasion de la naissance d’un enfant ou pour ses enfants.
P013. Les poteries richement décorées somono se retrouvent essentiellement dans des familles somono ou bozo.
P1.3. Les poteries richement décorées sont exceptionnellement achetées sur les marchés.
P2.2. La répartition géographique des poteries richement décorées signale la zone de production cette céramique.

Techniques génériques

P014. Les modalités de façonnage de la préforme et les supports utilisés pour le montage de la céramiques sont de bons marqueurs des identités sociales et ethniques.

Règles

P3. Les poteries richement décorées avec investissement technique inhabituel se démarquent des fonctions des poteries communes tant sur le plan de la fabrication que sur le plan des modalités de diffusion et de consommation.
P4. Les poteries richement décorées remplissent en plus des fonctions domestiques des fonctions sociales en relation avec le mariage et font l’objet de dons.
P5. Les variations des chaînes opératoires de montage dues aux diverses fonctions utilitaires et domestiques sont peu importantes. Par contre le contexte social introduit une variabilité significative : spécification du montage de la préforme face aux traditions étrangères et investissement décoratif important dans les poteries de mariages particulières au groupe ethnique.

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Fig. 3. Les techniques de montage de la céramique comme composantes du marquage social.

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10. Les armes dans les eaux : esquisse d’une problématique d’analyse

In : Testart, A. ed. Les armes dans les eaux (titre provisoire). Paris : Errance, à paraître

Trouver une ou plusieurs explication(s) à la présence d’armes dans les eaux pendant la préhistoire et la protohistoire est un problème délicat pour lequel il ne semple pas exister aujourd’hui de réponse satisfaisante faisant l’unanimité.
Notre propos n’est pas de proposer une solution à cette question, mais d’esquisser une problématique d’analyse qui permette de tenir compte de l’ensemble des données et des opinions émises sur le sujet. Pour cela nous sommes parti, sans a priori, de ce qui a été dit ou écrit lors des deux rencontres de Bibracte organisées par Alain Testart (24-25 février et 26-27 mai 2011) et publié dans quelques articles fondamentaux évoqués à cette occasion.
Nous nous fonderons pour cela sur un corpus de propositions qui, nous l’espérons, rend compte le plus objectivement et le plus exhaustivement possible des opinions des divers participants et qui figurera en annexe de ce texte.

Principes d’analyse
On peut organiser l’analyse logiciste du phénomène des armes dans les eaux en quatre niveaux assurant la liaison entre les observations et les interprétations, que se soit dans le sens empirico-inductif des observations aux interprétations (de P0 vers P3) ou dans le sens hypothético-déductif, des interprétations aux observations (de P3 vers P0).Le niveau le plus inférieur regroupe l’ensemble des observations archéologiques mobilisées, mais également des données externes facilitant l’interprétation ainsi que des définitions précises des termes jouant un rôle central dans l’interprétation.

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Fig.1. Architecture simplifiée des démonstrations

1. Niveau des propositions P0

Observations
Le niveau P0 réunit en premier lieu les observations fondamentales. Sur le plan archéologique on distinguera les propriétés intrinsèques des corpus : types d’objets, états des objets, et les propriétés extrinsèques : types de gisements, contexte naturel des dépôts, contexte topographique, association entre objets (armes et autres vestiges), structures de complémentarités géographiques (eaux / terre, région a / région b) ou fonctionnelles (eaux / funéraire terrestre).

Référentiels externes
Il convient également de rattacher à ce premier niveau P0 les « comparaisons » qui sont habituellement mises en avant pour interpréter les vestiges. Sur la question qui nous occupe ici les principaux référentiels externes sont avant tout des textes antiques évoquant des pratiques liées aux armes ainsi que certains documents iconographiques de l’époque. Les référentiels ethnologiques sont par contre, on le verra, peu sollicités. L’argumentation géologique reste également très pauvre du fait du caractère le plus souvent accidentel des découvertes et de la rareté de fouilles consacrées au milieu aquatique dans ce type de question, les sites de La Tène et de Cornaux-les-Sauges (Suisse), d’Illerup (Danemark) et de la vallée de Tollense (Allemagne) faisant exception.

Définitions
Le niveau P0 regroupe enfin les définitions des termes sensibles : don, offrande, sacrifice, ex-voto, votif, dépouille, trophée, butin.

2. Niveau des proposition P1 : actes

Au niveau des P1 se concentrent sous le terme « actes » les informations que l’on peut qualifier de taphonomiques. Il correspond à l’identification de certaines actions d’origine humaine et doit tenir compte également des processus taphonomiques ayant modifié les propriétés du corpus (variations topographiques du cours des eaux, inondations, tsunami, érosion, sédimentation, etc.). Ce n’est qu’après avoir évalué les modifications apportées au corpus par l’histoire du contexte naturel qu’il est possible d’identifier les actions d’origine humaine. Ce niveau reste particulièrement difficile à cerner dans un corpus composé pour la plus grande partie de trouvailles isolées provenant de pêches occasionnelles ou de dragages. C’est pourquoi il est fréquent qu’on doive le déduire des hypothèses formulées sur les pratiques proposées au niveau P2, ce qui contredit la logique de l’argumentation et explique la flèche de sens inverse du schéma de la figure 1.

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Fig.2. Place des "actes" dans la relation entre P0 (observations) et P2 (pratiques).

3. Niveau des propositions P2 : pratiques

Le niveau P2 doit admettre une certaine généralité des actes identifiés au niveau P1 et correspond aux hypothèses explicatives H1 à H6 proposées par Alain Testart lors des rencontres de Bibracte (figure 2).

4. Niveau des propositions P3 : sens

Le dernier niveau P3 se veut une expertise sur le sens à donner aux pratiques identifiées, c’est à dire sur la finalité de ces dernières par rapport aux perspectives économiques, sociales, politiques ou religieuses. Nous suivons ainsi les préceptes de Durkheim (1895) pour qui la nature et l’origine d’une pratique sociale (niveau P2) doivent être distinguées de leur finalité dans le sens fonctionnaliste du terme (niveau P3). Ce niveau dépend de l'accord que l'on peut dégager au sujet des pratiques, ce qui est loin d'être le cas aujourd'hui.

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11. Construire une paléoanthopologie

A paraître dans : Tabaczynski, S. ed. Les orientations théorico-cognitives en archéologie et en anthropologie contemporaine. Varsovie (titre provisoire).

Dès 1955, Jean-Claude Gardin inaugure une vaste réflexion sur les fondements du raisonnement archéologique. Cette approche est connue aujourd’hui sous le nom de logicisme, un terme qui n’apparaît que tardivement sous la plume de notre collègue.
Acquis dès le début des années 60 à cette approche, nous avons cherché à la prolonger afin d’intégrer ces acquis dans une réflexion théorique plus générale sur les fondements d’une archéologie que nous voudrions voir contribuer aujourd’hui à la construction d’une anthropologie générale. Nous voyons dans cette perspective trois types d’exigences :

- une exigence formelle relevant du logicisme,
- une exigence structurale en relation avec le développement de certains outils mathématiques et logiques sensu lato,
- une exigence explicative issue d’une perspective actualiste de l’anthropologie.

Un résumé pdf de la proposition d'article

VarsovieX

Fig. 1. Trois exigences pour la construction d'une paléoanthropologie

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12. Leroi-Gourah et l'ethnologie : gérer un héritage.

Journée Leroi-Gourhan. Muséum d'histoire naturelle, Paris, 2013.
Relire un hommage datant de 1986.

Leroi-Gourhan nous a donné l’envie et le goût de concilier ethnologie et préhistoire, mais il était difficile de définir un contenu clair pour cet objectif au delà du caractère empathique de notre adhésion à une vue unifiée de l’homme. Est-il possible d’aller plus loin ?

1. l’ethnologie selon Leroi-Gourhan

Il est possible de se faire une idée de la place de l’ethnologie dans les travaux de Leroi-Gourhan en collectant une série de remarques parsemant ses travaux et ses interviews et en relisant « Le geste et la parole ».

1.1. Fondements de l’anthropologie
L’ethnologie se définit par son objectif : appliquer à la connaissance de l’homme tous les moyens qui apparaissent comme efficaces et cela sur toute la profondeur du temps. La visée est à la fois ethnologique dans la compréhension de la diversité culturelle et anthropologique dans la reconnaissance de l’unité spécifique. Elle cherche à la fois pourquoi et comment les hommes vivent en société.

1.2. Tendance
Les caractéristiques générales des sociétés humaines, notamment dans le domaine technique, procèdent à la fois des contraintes universelles de la matière, du principe d’utilité et du conditionnement neurologique. Ces contraintes laissent néanmoins la place pour une certaine liberté.

1.3. Faits et styles : la question du comparatisme
Au vu de la diversité culturelle seule l’analyse empirique des faits archéologiques et le développement d’arguments logiques permet une compréhension interne des documents mis au jour. Dans ce contexte, l’utilisation de l’ethnologie est dangereuse, bien qu’elle soit inévitable.

1.4. Médiation : structures et symboles
Entre contraintes de la tendance et variabilité culturelle se présente une voie moyenne recourant à l’analyse structurale de larges séries de faits. Ces recherches permettent de comprendre des organisations de faits matériels transcendant les cultures, mais ne permettent pas d’accéder aux significations.

2. Relire « Le geste et la parole »

Dans « Le geste et la parole » Leroi-Gourhan recherche les fondements zoologiques de l’évolution culturelle et développe un discours se référant à trois paradigmes : une perspective organiciste, un démarche processuelle et une composante transformiste.

2.1. Le paradigme organiciste
Le paradigme organiciste s’oriente vers la recherche des fondements biologiques universels de la culture.

2.2. Le paradigme processuel
Le paradigme processuel organise en système les diverses composantes considérée comme névralgiques pour le développement de la culture selon une perspective utilitariste.

2.3. Le paradigme transformiste
Le paradigme transformiste met l’accent sur le développement unilinéaire de la culture du simple vers le complexe, notamment sous l’influence du développement technique.

LeroiGourhanx

Fig. L’ethnologie selon Leroi-Gourhan dans ses travaux thématiques (termes supérieurs des cadres) et dans « Le geste et la parole » (termes inférieurs des cadres).

3. Les questions en suspens

L’ethnologie de Leroi-Gourhan pose deux questions : la première concerne le statut épistémologique des explications données dans le cadre des faits techniques, du symbolisme graphique et des mécanismes d’évolution de la culture, la seconde l’utilisation du comparatisme en archéologie.

4. Gérer un héritage

Le dépassement de l’anthropologie de Leroi-Gourhan requiert une remise en cause de l’empirisme strict.

4.1. Une vue unifiée de l’explication dans les sciences humaines
Les explications développées par Leroi-Gourhan relèvent soit du modèle nomologique déductif, soit de l’explication structurale, soit de l’explication a posteriori. Il convient de reconnaître ces types d’explications, non comme des démarches contradictoires et incompatibles entre elles, mais comme autant d’étapes provisoires sur le chemin d’une compréhension des faits humains dans le sens des sciences de la nature. Le geste et la parole développe quant à lui l’idée d’un conditionnement biologique de l’évolution de la culture qui marginalise les données anthropologiques.

4.2. Gérer le comparatisme : l’ethnoarchéologie
L’ethnoarchéologie répond aux problèmes posés par Leroi-Gourhan. La discipline est fondée sur six principes :

1. Articuler scénarios et mécanismes selon le modèle des sciences de la nature.
2. Reconnaître le pouvoir explicatif provisoire de la raison des acteurs.
3. Reconnaître la pertinence d’un conditionnement biologique propre à l’Homo sapiens.
4. Reconnaître une voie moyenne d’investigation prenant en compte la variabilité culturelle.
5. Dans ce cas expliquer les faits sociaux par d’autres faits sociaux (Durkheim).
6. Reconnaître les fondements et l’utilité des interprétations concurrentes.

En conclusion, le tour d’horizon proposé montre la complexité des rapports que Leroi-Gourhan a entretenu vis-à-vis de l’ethnologie et le décalage existant entre ses premiers travaux de caractère ethnologique et le vision très naturaliste développée dans le « Geste et la parole ». Il montre également que son scepticisme face à l’utilisation de l’ethnologie en archéologie doit et peut être dépassé pour répondre aux difficultés qu’il a lui-même mises en évidence. Le préhistorien ne peut éviter le détour par l’anthropologie. C’est sur cette question qu’il convient désormais de réfléchir.